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JOUR 1

By 9 juin 2017 No Comments

Grande-Synthe le film – JOUR 1.

12 juin 2015

Je suis venue pour la première fois à Grande-Synthe, afin de présenter au cinéma LE VARLIN le film documentaire LIBRES ! réalisé par mon mari Jean-Paul Jaud. Je venais de le produire et nous parcourions alors la France en tous sens. Arrivant de Carcassonne pour repartir le lendemain à Chambéry, nous ne comptions plus les débats. Je ne sais pas mais il me semble aujourd’hui que mon œil était devenu expert, avisé pour prendre la température du lieu où j’arrivais chaque jour depuis déjà quatre mois. Aller de la gare au cinéma, puis du cinéma à l’hôtel. Dormir puis repartir vers la gare…

12 juin 2015 – Devant le cinéma Le Varlin : en compagnie de Damien Carême – maire de Grande-  Synthe, Xavier Denamur – restaurateur et  Laurent Ladeyn, chef cuisinier

… je ne suis restée à Grande-Synthe que 14 heures à peine. C’est dans ce laps de temps que tout s’est joué.

Je ne savais pas encore que j’arrivais dans un lieu qui avait littéralement aspiré comme beaucoup d’autres sur la planète presque tous les problèmes du monde, mais qui travaillait collectivement pour s’en sortir.

Digue du Braeck

Grande-Synthe – Le choc est visuel : plus de mer ! Comment est-ce possible ? Qu’est-ce que l’homme a fait pour la faire disparaître ?

Côté Recto : Je suis désorientée dans cette ville emprisonnée entre l’autoroute, la nationale et la zone industrielle. Je me perds dans d’interminables avenues bordées d’immeubles me rappelant mes anciens voyages de jeunesse dans cette Union soviétique révolue. Des ombres marchent disciplinées le long des rues plantées de jeunes arbres et suivent le chemin de cette rectitude. Un orage à l’approche éclaire soudain cette traversée d’une lumière d’encre.

Rue de Grande-Synthe



Côté Verso : à l’inverse de cette rigidité visuelle, je reçois au cinéma un accueil chaleureux que j’ose qualifié de normal, humain, fraternel. Le public avisé et très impliqué dans les solutions à apporter aux problématiques locales, soulève les vrais problèmes et trouve des solutions. J’apprends très vite qu’ici 24% de la population est au chômage dont 46,4 % sont des jeunes.

La ville continue à se dévoiler : ici 13 écoles primaires, 13 repas journaliers en bio ! Des bâtiments à énergie positive, une autre ville se cache…

Il est l’heure de rentrer. À Grande-Synthe, pas de gare ! Elle est réservée aux trains de marchandises, à la sidérurgie, pas aux humains.


La sidérurgie ? ArcelorMittal ou autres usines « Seveso niveau 3″…

…et puis Gravelines et ses six réacteurs nucléaires, la plus grosse production européenne d’énergie dite « propre »… mais 24 % de chômeurs ici et 13 cantines bio ? La lecture du paysage est complexe.

Dans la nuit, retour à Dunkerque. À ma gauche, je reconnais les fournaises de l’enfer peintes par Jérôme Bosch dans son « Jardin des délices ». L’acier français et ses six hauts-fourneaux éclairent la ZUP ! ZUP ? Zones d’urbanisation prioritaire.

Hiver 2015 – L’idée de travailler à un film sur Grande-Synthe faisait son chemin dans mon esprit. Soudain, Grande-Synthe se retrouve au cœur de l’actualité avec ce camp de réfugiés fuyant des guerres sans pitié. Des images insoutenables d’enfants, de femmes et d’hommes dans la boue et le froid  se mêlent à des histoires de passeurs.Cette ville m’en avait trop dit. Elle m’avait séduite par ce qu’elle avait de plus effrayant.

Le beau, il me restait à le découvrir pendant une année et c’est ce que je souhaite vous montrer dans Grande-Synthe.

Je sais maintenant que je dois réaliser mon premier film à Grande-Synthe car ici se joue ce qui m’émeut, me bouleverse, me met en colère et m’enthousiasme. À Grande-Synthe, la révolte ne s’exprime pas. Elle passe à l’action. Elle est incroyablement enthousiasmante.